Hip hip hip... hop !

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La folie Netflix a submergé nos écrans cet été ! En pleine "rétro-wave" eighties avec l'excellente série Stranger Things, c'est cette fois-ci en plein Bronx de la fin des années 70, à la naissance du hip-hop, que la chaîne décide de nous embarquer avec le réalisateur Baz Lurhmann (Gatsby le Magnifique, Roméo + Juliette, Moulin Rouge...) aux commandes dans la série "The Get Down", dont le rappeur Nas est producteur exécutif et Grandmaster Flash, le producteur associé.

Au cœur de l'été 1977, une vague de chaleur sans précédent fait rage dans le Bronx. Ezekiel Figueiro alias "Zeke", un jeune adolescent doué avec les mots est amoureux de Mylene Cruz, une jeune chanteuse gospel qui rêve de percer dans le disco. Zeke a une bande d'amis, et ils vont rencontrer leur idole, un graffeur mythique du Bronx, nommé Shaolin Fantastic. Ce mystérieux personnage va les entraîner dans un monde parallèle musical : le hip-hop, à une époque où le genre du disco est à son apogée. Tous les protagonsites seront confrontés cette année-là à des bouleversements qui vont changer le cours de leur vies.



A gauche : Ra-ra, Boo-boo
Au centre : Shaolin Fantastic
A droite : Zeke et Rumi 411

Pour les novices de ce mouvement culturel et artistique, le hip-hop s'est développé dans les années 70 au sein des communautés noires et latinos de New-York, dans le South Bronx. Dans ces années-là, existaient ce qu'on appelle des "block parties", des soirées considérées comme marginales où se côtoyait la jeunesse afro-américaine du Bronx. Le funk et la soul étaient joués en majorité lors de ces regroupements, et les premiers "disc jokeys" y ont fait leurs armes. 

Les Dj's commencent à incorporer des breaks plus percussifs issus de chansons populaires lors de leurs session de mix (une technique qui trouve sa source dans la musique dub jamaïcaine, popularisée par les communautés jamaïcaine et caribéennes du Bronx) et se créent alors différentes techniques de "mixage" : le "turntablism", ou "scratching", le beat juggling, et enfin le beat mixing/matching.

Les 5 piliers dans le hip-hop sont les suivants : le rap, le djing, le break dance, le graffiti et enfin le beatboxing. ils existaient bien avant la naissance du mouvement, et ont été intégrés à part entière plus tard pour arriver au genre que l'on connaît aujourd'hui. Toutefois, c'est par son expression "musicale" -le rap- que le hip-hop s'est fait une place de choix dans notre culture. A ses débuts, le mouvement hip-hop est un véritable manifesto dont les jeunes de ces quartiers rongés par le racisme, la misère et la pauvreté se servent afin de faire entendre leurs voix. 

Nous allons nous intéresser plus particulièrement à une discipline, le graffiti. Réalisé à partir de bombes ou d'aérosols, cette technique permet au graffeur de se réapproprier son environnement en apposant sa "marque". C'est une véritable technique artistique qui fait intervenir beaucoup de notions plastiques comme la stylisation, la perspective, la géométrisation. De par son côté transgressif (on graffe dans son environnement direct, à savoir une porte, un mur, un train etc. c'est quelque chose de prohibé par la loi), le graffiti représente donc un moyen visuellement concret de marquer le rejet d'une certaine autorité, mais aussi un moyen individuel de l'expression de soi, et enfin une recherche de reconnaissance sociale. 


Rumi 411

Dans The Get Down, le personnage de Rumi 411, aka Marcus Kipling est l'exemple parfait du graffeur de l'époque. Enfant du milieu issu d'une famille nombreuse, Marcus est présenté comme un doux rêveur, en marge du monde et qui se passionne pour les graffitis. Il prend le nom de "Rumi 411", car tous les graffeurs ont un surnom, qui va pouvoir lui donner sa nouvelle identité au sein de la communauté des graffeurs, et ainsi lui-même poser sa marque dans le monde. C'est en graffant un soir seul que Rumi va rencontrer Thor, un autre graffeur, et des liens assez spéciaux vont se tisser entre eux.

Ce qui est frappant dans The Get Down, c'est le lien entre la réalité et la fiction. L'histoire de nos deux graffeurs, Rumi et Thor est en fait basé sur une histoire vraie; la rencontre entre John "Crash" Matos (Rumi), et Chris "Daze" Ellis (Thor) à un arrêt de métro surnommé "The Bench" (le banc).


Crash and Daze au bon vieux temps, dans le Bronx


Comment deux gamins du Bronx qui se rencontrent à l'adolescence finissent-ils comme conseillers techniques sur une série Netflix ? 
Cash et Daze sont en fait des stars du graffitis, mais ont commencé en bas de l'échelle, comme Rumi 411. Pratiquant leur art en tout illégalité, ils étaient aussi enclins à voler leur matériel de graff afin de mâtiner des voitures volées de leurs graffiis, des trains abandonnés, ou bien des bouches de métro désaffectées. Tagguer une rame de métro par exemple relevait d'une certaine philosophie de vie. Pour eux, c'était de l'histoire en mouvement, une vraie réflexion sur le monde qui les entourait qui, l'espace d'un seul instant leur permettait de voir leur propre existence en mouvement, de pouvoir apprécier l'impact qu'ils laissent sur Terre.

Pour la plupart des New-Yorkais, les graffitis relevaient du pur vandalisme, et rien de poétique ou d'engagé ne pouvait venir de ces jeunes issus des quartiers pauvres, qui menaçaient de remettre en cause d'une certaine façon l'ordre établi. Ces tags ou signatures sont pourtant devenues de véritables œuvres graphiques témoignant de la part de ses auteurs d'obtenir "The Fame", la célébrité, la reconnaissance d'autres tagueurs. Affirmer son identité pour se donner l'espoir de s'extirper d'une situation sociale un peu trop étriquée. 

Des styles de graffs émergent très rapidement; le lettrage, les bulles, le "wild style" ainsi que différentes pratiques comme le  "top-to-bottom whole car" ou le "throw-up"...Mais aussi la volonté de s'unir en une même équipe avec son "crew", son "squad" afin de permettre aux graffeurs d'être les précurseurs des installations en art moderne : créer des œuvres spectaculaires in situ. Il existait aussi les "battle" entre différents" crews" qui s'affrontaient de façon pacifique ou pas suivant les différentes ethnies en présence.

Daze @ work

Une fois sortis du lycée, nos deux compères Crash and Daze se sont fait un nom dans le milieu artistique New-Yorkais en délaissant leurs oeuvres d'art underground pour exposer leur talent sur de vraies toiles, au Fashion Moda du Bronx, ou au Franklin Furnace de Manhattan. C'est alors le début d'une reconnaissance nouvelle : Keith Haring leur demande de participer à une de ses expositions, ils créent un mur de graffitis pour la vidéo d'une certaine Madonna en 1982 pour son single "Everybody"... Le succès ne se fait pas attendre, et leur ancienne vie bohème (et illégale) laisse place à un rêve : créer un studio de création à leur deux noms dans le Bronx, berceau de leurs expériences créatives. 

Pour en revenir à leur rôle dans la série, d'autres anciens ténors du hip-hop ont été appelés par Lurhmann pour le conseiller sur d'autres aspects de la culture et de la vie à l'époque. C'est tout naturellement vers Crash et Daze, héros mythiques du graff et du Bronx, que le réalisateur s'est tourné pour donner vie à ses personnages. 

"The Fame", recherchée par tous les graffeurs

La force de The Get Down est sans aucun doute son réalisme (malgré une patte reconnaissable entre mille du style flamboyant de son réalisateur) où les faits se mélangent à la fiction. A la recherche de repères, le thème du héros, de l’héroïsme est important dans The Get Down. Chacun peut devenir le héros de l'autre (on pense à Shaolin Fantastic et son amitié avec Zeke), mais surtout -une valeur chère à Baz Lurhmann- chacun de nous peut se réveler être un héros (Zeke est le héros qui va s'extraire de la misère grâce à sa force de caractère, sa combativité pour accéder au rêve de tous les jeunes du Bronx, "The Fame"). 

C'est une fresque historique que nous propose Netflix, un voyage dans le temps à propos d'un sujet très peu exploité à la TV, la naissance du mouvement hip-hop, avec un casting incluant pratiquement une majorité d'acteurs afro-américains, mais aussi un conte de fées moderne, où les héros sont en quête d'amour et de vérité, dans l'espoir de transcender leur vies à travers la musique, l'art, l'amitié, mais aussi une valeur universelle : l'Amour. 

Crash and Daze, héros des temps modernes

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